Dans le cadre des soirées « Action Transition », Manuel est venu nous parler le 27 janvier du thème des « Communs », au cœur des travaux d’Elinor Ostrom, économiste américaine qui a consacré près de trente années d’études à cette question. C’est pour ce travail très atypique qu’elle a reçu en 2009 le prix Nobel d’économie.

Elinor Ostrom a ouvert de nouveaux horizons dans de nombreux champs disciplinaires, comme le droit, l’histoire, l’anthropologie, l’écologie – ravivant l’idéal libertaire de l’autogestion. 

La question des communs nous concerne en tant qu’association gérant un jardin partagé, une Amap et un café associatif – autant de communs, c’est-à-dire d’espaces ou de ressources qui ne sont gérés ni par le marché (biens privés) ni par l’État (biens publics). Mais elle intéresse de façon plus générale tous les citoyens préoccupés par les questions écologiques.

Quelques ouvrages ayant permis de documenter la soirée

Qu’est-ce qu’un commun ?

Les communs n’appartiennent à personne et sont partagés par tout le monde. Distincts des biens publics (État) et privés (marché), les communs sont des biens partagés par une communauté d’usagers qui en prennent soin.

Les biens communs peuvent être : environnementaux (forêts, pêcheries, pâturages, réseaux d’irrigation…) ou culturels (les connaissances, la wikipédia, le logiciel libre…). Une épicerie coopérative, une Amap, un café associatif ou un tiers-lieu sont également des communs.

Ce qui importe c’est que les biens communs soient gérés collectivement par une communauté ; celle-ci établissant démocratiquement des règles dans le but de préserver et pérenniser cette ressource. 

Les communs et la transition écologique

Les communs ont précédé historiquement l’apparition des États modernes et le développement du capitalisme. Mais ils sont surtout une solution d’avenir si l’on veut mettre en œuvre une transition écologique. Elinor Ostrom a démontré avec force que la gestion coopérative des communs est non seulement efficace, mais souvent plus écologique et solidaire. Les communs qui fonctionnent bien sans intervention de l’État ou des marchés, sont très nombreux et sont des systèmes vertueux. Une communauté de taille modeste, au plus près de la ressource (forêts, zone de pêche, système d’irrigation…), est souvent celle qui connaît le mieux son état, et celle qui en prend le mieux soin.

Les communs ne sont pas des exceptions ou un projet de société utopique. Ils sont omniprésents : on estime qu’ils assurent aujourd’hui la survie de plus de deux milliards de personnes, d’une manière plus écologique que les marchés, et aussi solidaire que la régulation étatique. Une transition écologique ne peut pas être sérieusement envisagée sans la prise en compte de ces expériences, nombreuses et passionnantes, de gestion des communs.

Les principes de gestion des communs

Pour Elinor Ostrom, on a affaire à un commun, dès lors qu’une communauté décide des règles sans intervention d’un État ou du marché. Les usagers du commun sont des acteurs, impliqués dans l’élaboration des règles de fonctionnement. Il s’agit d’éviter les abus, et les comportements de passager clandestin. Il y a donc souvent des instances pour arbitrer les conflits ou pour sanctionner les mauvais comportements. Ce n’est pas le règne du laisser faire.

Les communs favorisent la coopération entre les hommes – que ce soient les terres communales au Moyen-âge, les réseaux d’irrigation, ou les systèmes de foresterie communautaire… Ou à une époque plus récente, les premières mutuelles, coopératives ou associations, qui sont aussi des communs. C’est une gestion créative et plus souple que celle des États, plus proche du terrain :

Les gens confrontés à la nécessité d’assurer et de préserver un commun vital à leur survie ont bien plus d’imagination et de créativité que ce que les institutions peuvent avoir dans un regard non empirique et hors sol.

Elinor Ostrom

Moment d’échange

La présentation de Manuel a été suivie d’un débat libre au cours duquel il est apparu certaines idées (pardonnez l’humble rédactrice de ce compte-rendu si j’ai oublié quelque chose et ….commentez en bas de la page).

Voici les idées :

  • La taille limitée du groupe des commoners semble déterminante pour le succès : connaitre tout le monde (environ 150 personnes).
  • La flexibilité, au sens où le fonctionnement se construit petit à petit, suivant un mode itératif est très important.
  • Question des la possession/usage des lieux
  • On manque de « lieux communs ». Mis à part la blague qui nous a fait bien rire, c’est vrai en fait.
  • Les lieux que nous, urbains, avons actuellement investis et qui fonctionnent comme des communs (jardin partagé, café interassociatif) sont fragiles car ils sont exploités et possédés par des instances dont les politiques de mise à disposition pourraient changer. Sont-ils réellement des communs ?
  • Le coté « Local » est aussi important (Hypothèse : 1 km à pied / 12 minutes maxi de l’épicentre ? ).
  • L’air, la température de la Terre, le climat ou la connaissance ne devraient ils pas être considérés comme des communs afin de les préserver ?
  • Des lieux de vie à recréer pour retrouver ce qui y est lié.
Après la présentation, le temps d’échange est enrichissant. Cela va nourrir nos réflexions

Prochaines dates Action Transition

Lundi 3 février à 19h30 : groupe de lecture sur le livre l’entraide, l’autre loi de la jungle.

Dimanche 8 mars à 18h30 à Ground Control : les candidats à la mairie du 12eme répondent à l’invitation d' »Action Transition » et nous disent s’ils ont signé le pacte pour la transition (voir pacte-transition.org), et ce qu’ils feront lorsqu’ils seront élu. Venez nombreux à montrer que vous voulez la transition écologique.


3 commentaires

Philippe · 2 février 2020 à 16 h 41 min

Merci Périne pour ce super article !
Je précise que le Pacte de Transition pour les territoires à destination des candidats couvre les volets écologiques, mais sociaux et démocratiques.
Mais on vous en reparlera…

Saule · 2 février 2020 à 16 h 57 min

Ground control, ce n’était pas le 1er mars ?

    Périne · 2 février 2020 à 17 h 43 min

    Oui mais ils ont changé de date… Du coup ils nous proposent maintenant le 8 mars 2020 à 18h30.
    Glups. Pardon pour les gribouillis si tu as un agenda papier.

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